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Homo... 

La démarche de Didier Laforest nous invite à retrouver la dimension symbolique, spirituelle des « Arts Premiers » pour apprécier ceux ci, il est indispensable de comprendre les valeurs mystiques et magiques qui lient étroitement l’objet à la nature. L’œuvre n’est pas le reflet de la personnalité de l’artiste, mais la représentation d'un personnage ou d'un symbole sans en oublier la valeur esthétique et sentimentale ...
Le totem exprime cette relation d’appartenance, voire d’identification entre l’homme et son totem.

Dans certains totems en bois sculpté de Didier Laforest, on retrouve l’apparence humaine, l’homme debout, tendu vers le haut symbolisant « l’homo erectus », l’homme debout, dressé vers le ciel.

Toutefois, il ne faut pas passer sous silence, qu’autour du totem, s’est constitué le clan avec ses propres règles. La nature, à travers le totem, a offert un code à partir duquel la société s'est structurée, d’où la naissance de la vie sociale.

La création artistique de l'auteur suit cette évolution de l’humanité, qu’il concrétise par la réalisation des Galériens. L’artiste se concentre maintenant sur les visages qu’il magnifie grâce aux yeux : le visage semblant n’être que le support du regard. Le Galérien, homo faber, est l’image de la victime dans notre société industrielle.

Pour lui, l’art se doit de témoigner de son époque. L’artiste se doit d’être dans la Vie et non à l’extérieur du Monde, c’est pourquoi il dénonce le scandale de l’amiante et sculpte en l’honneur de tous « les Vaillants ». Sa sculpture devient commémorative. Pour sculpter ses Galériens, Il utilise des matériaux naturels : la terre et les galets. Cela semble s’opposer à l’amiante, matériau toxique. En façonnant la terre, le sculpteur entre en dialogue avec la matière, à travers cette démarche il est en quête de la reconnaissance des travailleurs de l’industrie.
Didier Laforest va plus loin dans sa perception de la société, en créant « l’homo mutator » (l’homme en qui s’opère un changement).
Si les Galériens, victimes de la société industrielle, possédaient leur liberté, l’homo mutator, captif de l’hyper-technologie semble s’éloigner progressivement de ses racines.

Bien qu'il façonne toujours la terre pour donner corps à ses personnages, il y intègre des pièces détachées issues de notre mode de vie. L’homo mutator, distingue le monde à travers des filtres technologiques et non plus à travers ses organes sensoriels.

L’artiste montre l’homme du temps présent qui cherche à améliorer son confort. Pour cela, il crée de plus en plus d’artifices dont il devient de plus en plus dépendant. Il s’éloigne de ses origines et se coupe du passé en croyant maîtriser le futur. Il n’en aurait qu’une vision mécanique et aseptisée.
Dans un monde où la technologie raccourcit les distances et prétend favoriser la communication, cette même technologie peut conduire l’homme à la solitude.

ces objets rapporté, disque dur, lecteur, ne sont que vieux « trucs » à mettre à la poubelle, font partie de l’histoire de notre société, et ils devraient être préservés pour la postérité.
Pensez aux silex de la Préhistoire, ou aux bâtisseurs de cathédrales.Quand ils avaient des outils plus performants  ils jetaient les anciens, comme on a fait avec les vieux systèmes informatiques.
lorsqu’un archéologue trouve aujourd’hui ces outils, ils sont précieux,  ils permettent de  comprendre comment ces homme travaillaient, quelle était leur société. Pourquoi ça ne serait pas pareil pour ce vieux disque dur ?
Nanotechniques, biotechniques, neuro-sciences. Vers une fusion partielle, et peut-être un jour totale, entre l'humain et la machine?

Le sculpteur, avec sa sensibilité, nous livre au travers de son homo mutator, la perplexité qu’il ressent face à la montée inexorable de la technicité virtuelle.
L’homme, Didier Laforest, a contrario, tenterait de conjurer l’involution de l’homo sapiens par son travail inspiré des « Arts Premiers ».

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Évolution... 

«Je suis fasciné par les arts dits primitifs, les dolmens, les fossiles, les outils des paysans, les pierres... tous ces objets qui ont accumulés au cours des siècles une fantastique et mystérieuse énergie...» écrit Didier Laforest. 
Ces «objets» convoqués par l’artiste ont une fonction commune : tous, ils développent une métaphysique de l’imagination.

Comme de belles et volontaires images dynamiques, ces grandes figures verticales que nous donne Laforest sont les axes d’une vie profonde non encore révélée. 
Les volumes, les excroissances, les renflements, les veines, les protubérances, les rides, les ondulations, le teint, l’épiderme, le grain, la nudité composent sous nos yeux un anthropomorphisme sensible, toujours différent, toujours recommencé.

Le talent de l’artiste est là, niché dans cet apparent inachèvement. Didier Laforest forme des rêves. C’est à nous, ensuite, confronté à ce message formel d’en construire la charge magique, d’y apporter notre offrande.
Nous sommes bien dans une démarche profondément artistique.
Didier Laforest nous permet d’aller au-delà de la surface des «choses». Il nous propose de voyager, avec plaisir, intensément, dans notre propre arrière-pays. 

Et nous marchons volontiers parmi ses grandes silhouettes. 
«Dialoguer, sentir, former, être» écrit encore Laforest. Nous acceptons ces injonctions. Nous acceptons vaillamment de rêver. Nous acceptons ce parcours-miroir que nous tend l’artiste. 

Nous acceptons d'évoluer.


Henri Pailler conservateur des Musée du Forez.

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Homo Mutator

Qui n’a pas entendu parler de l’homo erectus ? Personne. Qui a déjà entendu parler de l’homo sapiens sapiens ? Tout le monde. Selon Yves COPPENS, notre homme aux deux savoirs (sapiens sapiens) est apparu dans la savane africaine, milieu fortement hostile. Il devait survivre et pour cela il a dû transformer son mode de vie et se transformer, puisque son cerveau a par là même augmenté de volume.

A la vue des sculptures de Didier LAFOREST, il apparaît que l’être humain, l’homo, est un génie créateur qui transforme et se transforme sans cesse. N’a-t-il pas transformé le « tripalium » - un instrument de torture il y a 14 siècles – en travail, moyen de libération personnelle et sociale ? Plus encore, à chaque étape de ce processus, il se donne un nom, comme s’il voulait conférer à son invention ou à sa découverte une marque autre que celle de la Tour de Babel. Il s’est ainsi pêle-mêle appelé homo oeconomicus, homo juridicus, homo numericus, etc.

Déraciné de ma savane, étant un peu comme un petit arbre transplanté dans le Forez, imprégné donc d’une double culture, les sculptures de Didier LAFOREST sortent mon âme, désormais habituée à la migration, de la routine. Son œuvre, empreinte de transformation et d’auto transformation, suggère un homo pas ou peu connu jusqu’ici : l’Homo Mutator.

Dans notre village planétaire, où l’hivernage de la savane le dispute à l’hiver stéphanois, il y a sans doute place pour cet homme de la mutation. Celui-ci n’est, au fond, qu’un débrouillard : c’est le mécanicien indien qui fait rouler des tracteurs avec des objets récupérés sur des machines a priori incompatibles ; c’est la mère de famille sub-saharienne qui ramasse des sacs plastiques, les lave puis les vend pour nourrir sa famille ; c’est l’immigré qui, à la manière du caméléon, cherche à épouser la culture locale pour se faire accepter, voire apprivoiser. Un apprivoisement qui ne consiste pas à dompter ni à civiliser, pas plus qu’à moderniser. Le monde, répète-t-on à l’envi au Sahel, est vieux mais l’avenir sort du passé. Mais l’avenir, quel inconnu ! L’inconnu de la créature qui échappe à son créateur, comme le montre si bien Mary SCHELLEY dans « Frankenstein ou Le Prométhée moderne ». 

Autant parler d’une « Aventure ambiguë », comparable au roman éponyme de M. KANE. Dans ce livre, le Chevalier s’emporte dans une envolée lyrique et déclame, comme s’il songeait à Homo Mutator :

«En vérité,  ce n’est pas d’un regain d’accélération que le monde a besoin : en ce midi de sa recherche, c’est un lit qu’il lui faut, un lit sur lequel, s’allongeant, son âme décidera une trêve. Est-il de civilisation hors l’équilibre de l’homme et sa disponibilité ? L’homme civilisé, n’est ce pas l’homme disponible ? (…) L’homme se lève alors et va chercher l’homme.»

Il en va ainsi car le bonheur n’est pas fonction de la masse des réponses, mais de leur adéquation, de leur répartition et de leur équilibre. Et c’est à ce vaste programme que nous appellent les sculptures de Didier LAFOREST.



Yacouba Diallo