
Témoignage d'un cinéaste.
Des mains pétrissent la terre, à la recherche de la forme exacte.
Celle qui traduit parfaitement le sentiment qui habite Didier Laforest dans sa recherche plastique.
Puis une voix venue d’une des sculptures réalisées, commence à raconter le travail dans les usines de la mort lente,
les voix se libèrent et chacune des sculptures, emmêlent son témoignage à la précédente pour construire le récit des galériens.
Dans ces usines où flottent les poussières de silice qui se mélangent aux résidus d’amiante en suspension,
où se volatilisent dans la chaleur les mélanges de catalyseurs et de résines synthétiques.
Dans ces usine ou flottent dans l'air les fumées acres des métaux liquides qui glissent dans les moules.
Fumées qui rendent les yeux vitreux et qui laissent au fond de la gorge et sur la langue
un goût difficile à éliminer sinon par la cigarette ou l'alcool.
Dans ces usines où régne le rugissement des brûleurs à gaz, le martèlement des machines et le hurlement des scies.
Des hommes aux crânes luisants de sueur sous les casques, aux yeux brouillés ou éblouis, à la toux grasse, aux figures chauffées.
Des hommes passent environ 8 heures de leur journée ou de leur nuit à remplir des trémies de sable,
à conduire des poches vacillantes de métal liquide, soulevent des gueuses, tapent à la masse,
ébarbent à la meule des pièces brûlantes dans le sifflement des machines pneumatiques.
Ces gens côtoient le danger toutes les journées de leur vie de travail, pendant les 40 ans que dure un salarié.
Ils se font un devoir d’être les plus forts, de se laisser croire en bonne santé. Parce que leur physique est la seule chose
qui leur appartienne vraiment et leur garantisse leur fierté et leur dignité.
Quand ils sentent poindre la maladie, ils la cachent en espérant qu’elle restera tapie au plus profond d’eux même.
Certains la cachent jusqu’à s’interdire de consulter un médecin et de s'admettre malade.
Combien de personnes comme mon oncle, ai-je vu, se vantant de n'avoir jamais mis les pieds chez un médecin
et disparaître d’une manière fulgurante rongées par la maladie.
Didier Laforest a un regard sur ces hommes qui me pousse à vouloir en savoir plus et Je sens bien
qu’il s’est fixé une sorte de mission vis -à -vis d'eux , j’ai envie d’y participer.
Gille Chatelard
Réalisateur de Films Documentaire.

Témoignage
«Si la démarche de Didier nous est connue depuis déjà quelques années, son œuvre l’est beaucoup moins.
Bizarrement avons-nous envie de rajouter. Que cela ne tienne, les Galériens ont de suite parlé :
normal, ils nous parlent de civilisations passées ! On n’arrive pas à toujours à identifier la provenance précise de leurs langages,
monde préhistorique, celtique, grec archaïque, mésopotamien, africain, amérindien, médiéval, polynésien…
qui explore en même temps tant de techniques et de supports, gravures rupestres, bas-reliefs,
bronzes travaillées au repoussé, sculptures en ronde-bosse, céramiques anthropomorphes,
sans oublier le bois bien sûr…
qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ? On ne peut que rêver,
et ceci de la manière la plus enfantine de préférence, à un métissage de l’espace et du temps.
Ces œuvres forment une mosaïque, une tapisserie d’arts et de pensées sans cesse renouvelées.
Sans cesse renouvelées, oui, mais cela sous-entend-t-il sans cesse oubliées ?
Ennuyeux pour une œuvre de contestation et de mémoire !
Mais voilà : forme après forme, galet après galet des visages naissent,
émanent des mains de Didier et à travers ces inspirations,
il prend la force de chaque monde, humain et naturel, il croit en l’homme et son génie,
il témoigne de sa propre histoire, mêlant régionalisme et ethnicité,
pour les mettre au service d’un combat contre l’amiante et d’un hommage à ses victimes.»
Caroline et Chloé Laforest
étudiante en Archéo-antropologie.
étudiante en art appliqué.